lundi 12 mars 2018

L'envers du décor

Vieux-port, Montréal, CA

17 février 2018, Genève Aéroport, Suisse

Le Voyage est souvent associé à un sentiment positif, un moment réjouissant, une expérience de vie. En me documentant pour écrire cet article, j'ai constaté que de plus en plus de backpackeuses se mettent à dévoiler leurs peurs, leurs doutes, voire leurs échecs à travers leurs écrits. Selon moi, il est important de valoriser "l'envers du décors" non pas pour décourager celles et ceux qui veulent partir à l'aventure, mais justement pour relativiser et comprendre que c'est ok si tout ne se passe pas comme prévu. 

Les réseaux sociaux cherchent à vendre du rêve avec leurs photos idéales, mais ne nous montrent pas le côté "obscur", c'est-à-dire, les petites choses qui ne sont pas "instagrammables". 
Le vrai voyage c'est d'être confronté à la réalité, la prendre en pleine face parce qu'on était pas préparé, avoir les émotions à fleur de peau, avoir le coup de blues, accepter qu'on est qu'une infime particule de ce monde, vouloir rentrer chez soi parce que c'est juste trop. Et surtout c'est de ne pas se persuader que c'est un voyage "raté" mais le valoriser en tant qu'expérience.

Ci-dessous, je vous décris mes sentiments et les émotions vécues lorsque j'ai pris mon avion pour aller rejoindre mon chéri à Montréal, au Canada. Ce fut ma première fois, mon premier grand vol toute seule, moi et mon mal de l'air. Evidemment, je suis dans un autre registre, je ne vais pas parler de coup de blues mais juste décrire ce que j'ai ressenti en me retrouvant face à moi-même.


L'heure des au revoirs a sonné. Les derniers bisous, les dernières recommandations, le fameux "écris-moi pour me dire que t'es bien arrivée", les derniers sourires, les dernières larmes. Et le vide. Je ressens ma gorge se nouer, mon ventre se serrer lorsque mes parents sortent de mon champ de vision. J'attends dans la file, j'observe les gens discuter en attendant d'enregistrer mes bagages. Je suis officiellement livrée à moi-même, ça y est. C'est l'heure de me dévoiler, de montrer ce dont je suis capable, ce que je cache au fond de moi et ce dont je n'ai peut-être pas encore conscience.
Je mentirai si je disais que je n'ai pas eu le petit coup d'adrénaline et je mentirai aussi si je disais que ce moment ne fut pas excitant.

Je découvre le vrai voyage, celui qui transforme de l'intérieur. Je ne suis même pas encore partie, mais cette expérience me permet de me connaître. Je me retrouve seule à cet instant tel un poussin que l'on pousse hors du nid, seule maître de mes décisions et seule responsable de ma direction. Il faut alors que je m'élance, que je n'aie pas peur de me dévoiler. 

Toutefois, je réalise que je ne suis pas vraiment seule et que je ne pourrai jamais l'être. La solitude est issue d'un manque, si je suis complète et que je suis inscrite dans le présent, alors je ne serai jamais seule. Je ne sentirai jamais de manque, d'ennui ou de solitude car je suis bien avec moi à cet instant précis. Plus rien d'autre ne compte que maintenant.

Installée sur mon siège dans l'avion, un jeune homme me demande de le laisser passer, il a le siège d'à côté. Nous allons passer les huit prochaines heures à faire connaissance, à rire, à partager et à se confier. Quand je parlais du fait de ne pas pouvoir ressentir de manque  car je fais "une" avec moi-même, c'est justement parce que je trouve que cet état d'esprit permet  d'être ouverte et d'accueillir les choses positives de la vie.

Nous atterrissons à Montréal. Vous savez ce moment interminable lorsque vous êtes sur le tarmac mais qu'il faut attendre avant de sortir ? Et bien pendant ce moment-là, je ressens une fierté, je me félicite d'avoir vécu ce vol toute seule. Pendant ces pensées,  je commence à sentir mon coeur palpiter ainsi que de fortes nausées.

Je cours aux WC.

Si près du but, j'ai succombé à mon mal de l'air mais la joie reprend le dessus car je suis à quelques minutes de retrouver mon chéri que je n'ai pas vu depuis six semaines. Une fois les formalités d'immigration terminées et ma valise retrouvée, je m'en vais de ce pas direction le hall des arrivées, chercher du regard mon chéri.  Mon coeur battant la chamade, je dis adieu à mon nouvel ami suisse et j'aperçois mon amoureux.

Une pancarte dans les mains pour m'accueillir, nous échangeons un baiser maladroit et nous quittons l'aéroport, avec mes nausées toujours présentes, mais qui n'arriveront pas gâcher ces retrouvailles.

Et vous ? Vous avez déjà vécu une situation en voyage qui était loin de l'idéal imaginé ?

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